LA GUERRE DES DEUX ROSES

Pendant trente ans, de 1455 à 1485, le royaume d’Angleterre est déchiré par la guerre des Deux-Roses. Les Lancastre, ayant pour emblème la rose rouge, se disputent le trône avec les York, qui ont quant à eux adopté la rose blanche. 

Henry VI, peinture anonyme

Henry VI, roi lancastrien, est un souverain indécis et pacifiste qui souffre de crises de folie. Une aubaine pour les York qui n’attendent qu’une occasion pour s’emparer du pouvoir ! Le chef de cette maison, Edward, est un jeune homme charismatique et doué pour les armes. À tout juste 18 ans, il vainc les hommes d’Henry VI à la bataille de Towton et se fait officiellement couronner roi d’Angleterre. Edward a deux jeunes frères : Georges, duc de Clarence, et Richard, duc de Gloucester. Mais le pouvoir et l’ambition ont tôt fait de venir à bout de l’amour fraternel qui les lie. George, après avoir comploté à plusieurs reprises contre son ainé, est finalement condamné à mort. Selon la légende, il aurait d’ailleurs été exécuté par noyade dans un tonneau de vin, clin d’oeil macabre à son goût prononcé pour la boisson. 

En 1464, Edward IV épouse Elizabeth Woodville. Veuve, de petite noblesse, issue d’une famille qui a épousé la cause des Lancastre, ce mariage est perçu comme une mésalliance pour beaucoup. Mais Edward, séduit par la grande beauté de la dame, n’en a cure. Il lui fera dix enfants, dont deux garçons qui survivent à leurs premières années : Edward et Richard, nos petits princes de la tour. 

Portraits d’Edward IV et Elizabeth Woodville, anonyme

UN TONTON USURPATEUR

Richard III, portrait anonyme

Le roi est mort, vive le roi ! Malgré son physique d’Hercule (1m93), Edward IV tombe gravement malade en mars 1483. Il rend son dernier souffle à 41 ans après seulement trois semaines de maladie. Son fils aîné, Edward, est aussitôt proclamé roi sous le nom d’Edward V. Mais celui-ci n’a que douze ans. Sa mère, Elizabeth Woodville, désire qu’il soit malgré tout immédiatement couronné. Elle s’oppose à plusieurs lords qui, eux, souhaitent voir Richard de Gloucester, le frère du défunt roi, devenir lord protecteur. Alors on coupe la poire en deux : Edward sera bien couronné, mais Gloucester présidera le conseil de minorité. 

Le jeune roi, qui se trouve à Ludlow, prend aussitôt la route vers Londres en compagnie de son demi-frère utérin et de son oncle maternel. Arrivé à Northampton, il retrouve son oncle paternel, Richard de Gloucester. Ce dernier s’empresse de mettre aux arrêts les deux hommes qui accompagnent son neveu. Accusés de haute trahison envers Richard de Gloucester, ils seront exécutés moins de deux mois plus tard sans autre forme de procès. Apprenant la nouvelle, la reine-mère, Elizabeth Woodville, court se réfugier dans l’abbaye de Westminster avec ses enfants. 

La tour de Londres au XVe siècle

Isolé, le jeune Edward V n’a d’autre choix que de suivre son tonton à la Tour de Londres où il s’installe en attendant son couronnement fixé au 4 mai. Jusque là, rien d’anormal, tous les souverains d’Angleterre se retirent dans la Tour avant leur couronnement. Ce qui l’est moins, en revanche, c’est que la cérémonie est reportée, d’abord au 22 juin, puis au 9 novembre. Le 16 juin, le petit frère d’Edward, Richard de Shrewsbury, âgé de 9 ans, le rejoint dans la Tour « pour lui tenir compagnie ». Des reports qui laissent le temps à Richard de Gloucester de faire arrêter les plus fidèles partisans du jeune roi…

Le 22 juin, nouveau coup de théâtre ! L’évêque de Bath et Wells affirme que le défunt roi Edward IV aurait été engagé à une autre femme avant son mariage avec Elizabeth Woodville. Une révélation qui annule l’union d’Edward V et Elizabeth et qui rend leurs enfants illégitimes ! Dès lors, le jeune Edward V, déclaré bâtard, n’a plus aucune prétention à la couronne d’Angleterre. Richard de Gloucester qui a manœuvré magistralement, devient le seul héritier au trône. De fait, il est couronné le 6 juillet sous le nom de Richard III. Quant aux petits princes de la Tour, plus personne ne les a jamais revus…

Richard III ne portera pas la couronne très longtemps. En août 1485, il est tué à la bataille de Bosworth par le dernier héritier de la maison des Lancastre, un certain Henry Tudor, qui monte sur le trône sous le nom d’Henry VII. C’est le début du règne des Tudors. 

UNE FIN TRAGIQUE ?

L’assassinat des enfants d’Edward par Theodor Hildebrandt

Dans la biographie de Richard III, écrite par Thomas More, ce dernier évoque l’arrestation d’un certain James Tyrell en 1502. Sous la torture, ce dernier aurait confessé avoir étouffé les petits princes dans leurs lits sur ordre de Richard III. Mais Thomas More n’étant pas un contemporain de cet événement, cette histoire reste sujette à caution. 

Nous en arrivons à l’année 1674. Alors que des ouvriers rénovent la tour de Londres, ils découvrent sur une caisse en bois contenant deux petits squelettes humains. L’endroit où la boite a été trouvée correspond aux informations que donne Thomas More dans son ouvrage. Quatre ans plus tard, le roi Charles II les fait inhumer dans l’abbaye de Westminster. 

En 1933, les restes sont exhumés pour êtres étudiés. D’après l’analyse des dents et des os, les âges des enfants correspondraient bien à ceux des deux princes. En revanche, aucune étude n’a été faite sur le sexe des enfants. 

Aucune autre étude n’a été réalisée depuis. Si des tests ADN permettraient de connaître enfin la vérité sur leur identité, ils n’ont jamais été envisagés. 

Mystère résolu ? Pas si sûr… 

En 1789, tandis qu’ils rénovent la chapelle Saint-Georges au château de Windsor, des ouvriers mettent à jour la sépulture d’Elizabeth Woodville et Edward IV, les parents des princes disparus. Dans un caveau contigu se trouvent deux cercueils d’enfants non identifiés. Cependant, aucune étude n’a jamais été entreprise sur ces enfants inconnus. La raison ? Pour pouvoir exhumer un membre de la famille royale, fut-il mort depuis près de 500 ans, il faut une autorisation royale. Et la reine Elisabeth II ne l’a jamais donnée…

L’UN DES PRINCES AURAIT-IL SURVÉCU ?

Les Princes de la Tour, par John Millais

Après la disparition des princes, deux garçons prétendent être Richard de Shrewsbury. 

Lambert Simnel :

D’origine modeste, la ressemblance frappante du jeune garçon avec les princes de la tour incite un prêtre ambitieux et dénué de scrupules à le prendre sous son aile. Il le fait d’abord passer pour Richard, le cadet, mais décide finalement de le présenter comme étant Edward Warwick, le fils de Georges, duc de Clarence (celui qui est mort noyé dans un tonneau de vin) alors enfermé dans la tour de Londres. Manque de chance, le véritable Warwick n’étant pas mort, le roi le montre à tous pour dénoncer l’usurpateur. 

Perkin Warbeck :

Perkin Warbeck, anonyme

Prétendant autrement plus sérieux, il est formellement reconnu par Marguerite d’York, la sœur d’Edward IV, comme étant le jeune Richard. Elle lui accorde l’asile en Bourgogne et le montre dans les cours européennes comme étant le duc d’York. Par intérêt politique, le roi d’Écosse Jacques IV le reconnaît également, et lui offre même l’une de ses cousines en mariage. Lointaine certes, mais tout de même liée à la famille royale ! Warbeck -ou Richard d’York- rallie des partisans et tente à plusieurs reprises de prendre le trône d’Angleterre, sans succès. Capturé, il est enfermé à la Tour de Londres et pendu, après avoir confessé n’être qu’un imposteur, confession obtenue sous la torture. 

LES SUSPECTS

Richard III :

David Garrick dans le rôle de Richard III, par William Hogarth

Le plus évident. Richard, conscient d’avoir usurpé le trône, voit son autorité menacée tant que ses neveux sont en vie, d’autant qu’en juillet 1483, des partisans des garçons tentent de les délivrer. La tentative échoue mais rappelle à Richard que son trône est branlant. Peu à peu, la rumeur selon laquelle Richard les aurait fait assassiner se propage. Richard ne cherche pas à la démentir, chose qui aurait été aisée si ceux-ci avaient été encore en vie. Il n’a pas non plus ouvert d’enquête pour découvrir la vérité sur leur sort. Richard III, assassin des princes ? S’ils sont bien morts à l’été 1483, date à laquelle ils ont cessé d’être vus, alors Richard ne peut être le meurtrier direct. En effet, il n’est pas à Londres durant cette période.

En France, le chancelier Guillaume de Rochefort l’accuse publiquement d’être l’assassin des deux princes lors des États Généraux de 1484. L’année suivante, Henry VII, fraichement couronné roi d’Angleterre, accuse Richard « d’homicides et meurtres contre nature (…) en versant le sang d’enfants. » S’il ne l’accuse pas ouvertement d’être l’assassin des princes, l’allusion n’en est pas moins flagrante…

Richard III coupable ? Pas si sûr…

Henry Stafford, duc de Buckingham :

Henry Stafford par William Sherlock

Buckingham est l’un des plus fidèles soutiens de Richard lorsqu’il s’empare du trône. Mais en l’espace de quelques mois, il retourne sa veste, déserte les rangs des yorkistes pour aller soutenir Henry Tudor. Il est exécuté pour trahison en novembre 1483. Pourquoi un tel revirement ? A-t-il été choqué en apprenant que Richard avait fait tuer ses neveux ? Avant de quitter Londres au début de l’été 1483, Richard est particulièrement proche de Buckingham. Mais à son retour, il le reçoit avec froideur. En 1980, un document découvert dans les archives du College of Arms de Londres l’accuse ouvertement : « Le duc de Gloucester avait en son pouvoir le prince de Galles et le duc d’York, les jeunes fils dudit roi son frère, et les transféra au duc de Buckingham sous la garde duquel lesdits princes avaient été affamés jusqu’à ce que mort s’ensuive. » Accusation accablante.

Mais si Buckingham est réellement le meurtrier des princes, pourquoi Richard ne l’accuse-t-il pas publiquement afin d’être lavé des soupçons qui pèsent sur lui ? De plus, les princes étant étroitement surveillés, comment aurait-il eu accès à leur chambre ?Durant l’absence du roi à l’été 1483, Buckingham est le commandant effectif de Londres, ce qui aurait pu faciliter la chose…

Henry VII :

Henry VII, artiste inconnu

Dernier prétendant de la maison des Lancastre, les deux princes représentent une réelle menace pour ses prétentions à la couronne d’Angleterre. En 1486, afin de mettre un terme à la guerre des Deux-Roses, il épouse Elizabeth d’York, la fille ainée d’Edward IV et Elizabeth Woodville, la sœur des princes disparus. Enfin ! La maison des York et celle des Lancastre sont unies. Il reste cependant un détail à régler. Richard avait déclaré les enfants de son frère illégitimes, aussi Henry VII s’empresse-t-il d’annuler l’illégitimité. Mais si les enfants d’Edward IV et Elizabeth sont de nouveau légitimes, alors les princes, si tant est qu’ils soient encore en vie, deviennent les véritables prétendants au trône d’Angleterre, et Henry n’est plus qu’un usurpateur…

Mais Henry VII n’a jamais été accusé de ce meurtre, même par ses ennemis yorkistes. 

Shakespeare, qui adore les tragédies, ne peut que s’emparer de l’affaire. Sous sa plume, Richard III devient un homme calculateur et sans aucun scrupules. 

« J’ai bien l’intention de prouver que je suis un méchant,

et que je hais les plaisirs frivoles des jours actuels. » 

Philippa Gregory, dans sa séries de romans Cousin’s War, lave Richard du meurtre des enfants, meurtre qui est commandité par Marguerite Beaufort, la mère d’Henry Tudor. 

À ce jour, le mystère des petits princes reste entier. Ont-ils été tués ? Par qui ? Où se trouvent leurs corps ? Une énigme qui continue de fasciner historiens et artistes.

La rose Tudor, symbole de l’union des York et des Lancastre

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